Les dix enseignements du Timor selon Sérgio Vieira de Mello Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme

Les dix enseignements du Timor

selon Sergio Vieira de Mello Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme

Artigos de Phillippe Reignier e Jean-Luc Maurer para Le Journal de l’institute iued numéro 40/janvier 2003
Fonte: http://www.iued.unige.ch 
Idioma: Francês

Un assistant de recherche interviewe le kukunain (autorité rituelle) sur la cosmologie de Er Hetu (Aileu) tandis que le chef de sous-district (autorité politique) prend des notes pour le registre de la communauté. Photo : Sofi Ospina/Tanja Hohe.

Le Haut Commissaire a présenté les dix points qui lui paraissent essentiels pour que la communauté internationale tire des leçons de son succès relatif au Timor-Oriental :

  1. 1 Il n’existe pas de modèle théorique ou de manuel d’accompagnement transitoire immédiatement applicable à un territoire sortant d’un conflit, mais il faut néanmoins éviter d’avoir à improviser sur le terrain, faute de planification au moins minimale de l’intervention.

2 Il ne faut pas hésiter à recourir in extremis à l’usage de la force militaire multinationale mise à disposition pour faire taire durablement les forces de l’ombre voulant entretenir le climat de terreur et d’instabilité préexistant à l’intervention et cherchant à la faire capoter.

3 Il ne faut pas localiser trop vite les personnes ressources d’institutions aussi fondamentales que les tribunaux ou les services de police, au risque de nommer des nationaux totalement incompétents ou trop peu formés.

4 Il faut observer scrupuleusement une parité hommes-femmes dans tous les corps de l’Etat en voie de constitution (y compris dans la police et l’armée), car les femmes ont incontestablement une capacité de conciliation, de pacification plus adaptée à des situations de postconflit.

5 Il faut éviter, par manque de planification stratégique mais aussi de paiement rapide des promesses budgétaires de la communauté internationale, de perdre de précieux mois pour apporter des débuts de mieux-être psychologique et matériel aux populations locales. Et il est impératif que les personnels internationaux aient une capacité d’apprentissage rapide pour modifier leurs jugements initiaux au contact des réalités du terrain.

6 Une résolution lointaine et très abstraite du Conseil de sécurité ne donne pas ipso facto aux yeux de la population locale et de ses représentants une légitimité garantie et incontestée aux «extraterrestres» onusiens qui débarquent un beau matin dans le pays. Il faut pouvoir mettre rapidement en place des instruments de mieux-être (par exemple des fonds de microcrédits opérationnels au niveau des communautés de base et des villages) et les transférer graduellement à des locaux, selon le degré de formation des ressources humai – nes mobilisables sur place. Tout en assurant une sécurité nouvelle au quotidien, il ne faut pas se précipiter à vouloir organiser des élections pour quitter le pays le plus vite possible: dans le cas du Timor, le délai a été suffisant pour la formation de partis et l’information démo – cratique minimale à la base de la société, y compris parmi de nombreuses populations illettrées. Certains réseaux comme ceux des Eglises par exemple peuvent être utiles, ce qui ne signifie pas pour autant que la nouvelle démocratie peut prendre corps dans les organes de la société dite traditionnelle.

7 Il est indispensable d’avoir les moyens de ses ambitions. L’ONU ne peut pas donner les pleins pouvoirs à son administration intérimaire sur le terrain, et laisser ensuite les Etats membres tergiverser pendant huit mois sur des allocations de budget pour la reconstruction des organes locaux de sécurité (police, tribunaux, pénitenciers, etc.), et pendant un an et demi sur la priorisation de premières actions de développement économique.

8 Les Nations unies doivent apprendre à comm uniquer: toute population, et de surcroît après les traumatismes de la guerre civile ou totale, a un droit fondamental à l’information. Il a fallu neuf mois au Cambodge et dix-huit mois au Timor- Oriental pour qu’une radio onusienne fonctionne sur l’ensemble du territoire, et de tels délais ne sont pas acceptables. Il en va là aussi de la légitimation de l’intervention de l’ONU auprès des bénéficiaires.

9 L’usage de la force internationale mise à la disposition des Nations unies sur place (cf. chapitre 7 de la Charte) doit être adéquat. Ce fut le cas au Timor, et cela pour une des toutes premières fois dans ce genre d’intervention. Et il ne faut surtout pas négliger le niveau de compétence et d’adaptabilité des commandants militaires mis à disposition par les Etats membres participants.

10 En conclusion, toute résolution de l’ONU dans le règlement d’un conflit doit énoncer une vision claire et précise de la mission et des objectifs à atteindre. A cela doit s’ajouter dans le choix des personnels internationaux, civils et militaires, mandatés sur le terrain la capacité d’insuffler une volonté déterminée de réussir, volonté qui doit être cultivée dès les premiers lendemains de l’arrivée «salvatrice», et souvent trop médiatique, de la force internationale. Cette volonté doit en outre être entretenue tout au long de la mission et elle doit continuer à se manifester même au-delà du retrait de l’administration intérimaire par la poursuite de financement d’une aide technique importante jusqu’au moment où des capacités locales réelles peuvent prendre le relais.

Il serait souhaitable à l’avenir que les Etats membres

  • exigent une meilleure préparation du personnel international dépêché sur place, afin que celuici sache à son tour former le personnel technique local appelé à le remplacer ;
  • mettent à disposition des équipes techniques spécialisées dans différents domaines de compétences (éducation, santé, administration publique, microcrédit, etc.) susceptibles d’agir à tout moment dans le monde en situation d’immédiat après-conflit.
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